Le plaidoyer social
de la FAGE
Précarité alimentaire
La pauvreté étudiante n’est plus un phénomène marginal. Selon la consultation Bouge ton Crous de la FAGE, 1 étudiantE sur 5 ne mange pas à sa faim et saute plusieurs repas chaque semaine. À chaque rentrée, le budget des étudiantEs est mis à rude épreuve et l’alimentation demeure bien souvent la première variable d’ajustement.
La victoire partielle de la généralisation du repas à 1 € pour touTEs les étudiantEs n’apporte pas de réponse structurelle à une précarité alimentaire constatée et documentée depuis la pandémie de Covid-19. Malgré la généralisation de ce tarif social, l’accès à la restauration Crous reste inégal selon les territoires. Il est ainsi urgent de garantir une véritable accessibilité à une restauration à tarification sociale pour touTEs, sur deux services par jour, afin d’alléger les dépenses alimentaires de chacunE.
Face à cette réalité, la FAGE agit à la fois par des projets concrets et par un plaidoyer médiatique et politique. Les AGORAé jouent ici un rôle central. Ces épiceries sociales et solidaires, mises en place par la FAGE et son réseau, permettent aux étudiantEs les plus précaires d’accéder à une alimentation saine, équilibrée et abordable. Bien plus que de simples lieux d’aide alimentaire, elles contribuent également à lutter contre l’isolement social, à faciliter l’accès aux droits et à favoriser l’accès au sport et à la culture.
Pour autant, les AGORAé ne sauraient être la réponse définitive à la pauvreté étudiante. Alors que 74 % des bénéficiaires de l’aide alimentaire au sein des AGORAé n’ont pas accès aux bourses sur critères sociaux, leur fréquentation témoigne aussi des limites des dispositifs actuels. La FAGE travaille au quotidien à leur pérennité et à leur développement, tout en s’appuyant sur les réalités observées sur le terrain pour dénoncer publiquement la précarité et obtenir des avancées structurelles.
en bref, la fage demande :
- Financer suffisamment les CROUS par l’État afin qu’ils puissent garantir l’accès à une alimentation de qualité à 1 € pour touTEs les étudiantEs, sur deux services par jour et sur l’ensemble des territoires ;
- Favoriser une alimentation de qualité, construite autour de véritables objectifs diététiques, avec une attention portée à l’empreinte écologique des repas proposés, notamment en développant l’offre végétarienne ;
- Étendre les plages d’ouverture des sites de restauration CROUS aux soirées, aux week-ends puis aux congés universitaires.
Pour approfondir les propositions de la FAGE en matière de restauration étudiante, demande sa contribution « Répondre durablement au défi d’une restauration sociale et accessible à touTEs les étudiantEs »
Réforme des bourses
Face à la précarité étudiante, la réponse structurelle consiste en une réforme complète des bourses, faisant le socle d’une autonomie et d’une émancipation ainsi garanties à toutE étudiantE.
Si l’injection de 500 millions d’euros dans le système des bourses sur critères sociaux du CROUS (BCS) en 2023 a permis un certain rattrapage des montants des bourses, la non-indexation de ces derniers sur l’inflation a depuis effacé les effets de cette mesure. De plus, la non-indexation sur l’inflation des montants seuils déterminant les échelons des bourses induit chaque année la perte d’un échelon, voire la sortie du système des bourses, pour des étudiantEs n’ayant pourtant pas perçu davantage de ressources. Ces effets de seuil et d’éviction conduisent à un constat préoccupant : il y a moins de boursierEs en 2025 qu’en 2015, alors qu’il y a nettement plus d’étudiantEs en France qu’il y a dix ans.
De nombreux étudiantEs n’ont par ailleurs pas accès aux bourses sur critères sociaux du CROUS, ou seulement de façon très restreinte, ce qui induit une précarisation d’autant plus systémique pour certaines catégories d’étudiantEs, comme les étudiantEs extracommunautaires ou les doctorantEs en thèse non financée. D’autres dépendent de bourses gérées par d’autres acteurs, à l’instar des étudiantEs en formations sanitaires et sociales, et sont confrontéEs à des retards de paiement ainsi qu’à des critères d’éligibilité variables.
Enfin, le système actuel des bourses est basé sur le calcul des revenus des parents, selon une vision sociétale considérant toutE étudiantE comme étant à la charge de ses parents. Cette vision fiscale et sociale prive toutE étudiantE en situation d’isolement ou de rupture familiale de la possibilité de percevoir une bourse sans procédure lourde d’émancipation préalable. La défamilialisation, permettant l’attribution des bourses sur la base des ressources exclusives de l’étudiantE, est une mesure de justice sociale autant qu’une évolution nécessaire de la place de l’étudiantE dans la société, qui doit être considéréE comme unE citoyenNE à part entière.
en bref, la fage demande :
- Garantir un droit d’accès universel aux bourses sur critères sociaux pour toutE étudiantE inscritE dans l’Enseignement supérieur ;
- Indexer sur l’inflation les montants des bourses sur critères sociaux ainsi que les seuils des échelons afin de supprimer les effets de seuils et d’éviction ;
- Calculer le montant des bourses sur les ressources exclusives des étudiantEs, selon une logique de défamilialisation ;
Obtenir en conséquence le transfert de compétences des bourses gérées par d’autres acteurs aux Crous notamment des formations sanitaires et sociales.
Pour découvrir les propositions de la FAGE pour réformer en profondeur le système de bourses, demande sa contribution dédiée « Réformez nos bourses ! ».
Logement étudiant précaire
Le logement est le premier poste de dépense dans un budget étudiant et conditionne structurellement les conditions de vie et d’études. 40 % des étudiantEs cohabitent ainsi au domicile familial, bien souvent pour des raisons économiques, limitant ainsi leur émancipation au moment de l’entrée dans l’enseignement supérieur.
Les étudiantEs décohabitantEs subissent quant à elleux de plein fouet la crise du logement : face à la pénurie de logements étudiants CROUS, dont l’état du parc locatif est très inégal et nécessite des réhabilitations et des rénovations, 70 % d’entre elleux se tournent vers le parc locatif privé. Au sein de ce dernier, les prix des loyers explosent, et de nombreuxEUSES propriétaires ne respectent pas les obligations légales, même lorsque des dispositifs sont mis en place par les municipalités : à Paris, par exemple, 95 % des annonces locatives ne respectent pas les loyers maximums autorisés par l’encadrement des loyers.
Le coût du logement contraint bien souvent les étudiantEs à s’éloigner de leur lieu d’études pour payer moins cher, ce qui induit des inégalités majeures liées au temps perdu dans les transports : en Île-de-France, unE étudiantE passe en moyenne 1 h 21 dans les transports par jour.
Il est ainsi nécessaire de permettre à toutE étudiantE de se loger de façon autonome, dans des conditions dignes, afin de favoriser la réussite à l’université et l’émancipation dans la société.
en bref, la fage demande :
- Garantir un droit au logement opposable pour toutE étudiantE qui ne peut pas décohabiter;
- Construire massivement des logements Crous à proximité des lieux d’études, permettant de loger les étudiantEs à proximité de leur lieu d’études, évitant ainsi d’importantes mobilités pendulaires forcées ;
- Réguler davantage le parc locatif privé, en élargissant et en pérennisant l’encadrement des loyers dans toutes les zones où les petites surfaces (T1/T2) sont en tension, tout en garantissant un recours effectif aux étudiantEs en cas de dépassement ou de complément de loyer abusif.
Retrouve l’analyse et les propositions de la FAGE pour « Garantir le droit au logement étudiant, fondement de l’égalité et de l’émancipation de touTEs » dans sa contribution dédiée.
Droits aux loisirs et aux vacances
En France, 4,7 millions de jeunes ne partent pas en vacances chaque année et plus d’1 étudiantE sur 3 est concernéE. Pour les jeunes de 20 à 24 ans, le premier frein au départ est financier.
Face à la précarité, les vacances et les loisirs deviennent trop souvent une variable d’ajustement. CertainEs étudiantEs consacrent ainsi leurs périodes de pause au travail : 56 % travaillent pendant les vacances estivales. Pourtant, partir, se reposer, pratiquer une activité ou simplement déconnecter participe à la santé, à l’émancipation et au lien social.
Ces jeunes, dans l’obligation de travailler, se dirigent parfois vers l’animation des vacances d’autrui et représentent plus de 74% des membres de ces équipes. Sans elles et eux, ce secteur ne pourrait fonctionner. Il est donc primordial d’assurer un cadre sécurisant pour ces animateurICEs.
L’enchaînement de l’année universitaire et du travail estival, sans déconnexion réelle, pèse durablement sur la santé mentale et contribue aux taux préoccupants de burn-out chez les jeunes, un phénomène documenté et qui inquiète à l’échelle européenne.
Pour la FAGE, l’accès aux vacances et aux loisirs doit être garanti à touTEs les jeunes, quels que soient leurs revenus, leur situation ou leur handicap. Cela passe notamment par des aides au départ plus accessibles, des transports abordables et des dispositifs de loisirs réellement ouverts à touTEs.
En bref, la FAGE demande :
L’inscription du droit aux vacances dans la politique nationale de santé mentale pour prévenir la détresse psychologique et le burn-out ;
L’introduction dans le code de l’éducation d’une durée minimale de pauses pédagogiques d’au moins 5 semaines, en plus des vacances des fermetures pédagogiques durant la période estivale, à minima pour toutes les filières préparant un diplôme reconnu par l’Etat ;
Revaloriser les indemnités et améliorer la protection sociale des volontaires, en tenant compte de la réalité des responsabilités exercées. Nous demandons ainsi que les animateurICEs soient rattachéEs au droit du travail commun, et qu’iels cotisent pour la retraite.
Pour aller plus loin, découvre les constats et propositions portés par la FAGE et ses partenaires dans leur contribution dédiée « Droit aux loisirs et aux vacances pour les jeunes de 18 à 28 ans » .
Accès à la culture
La culture est un levier d’émancipation, d’ouverture sur le monde et de lien social. Elle est un pilier de notre démocratie permettant la transmission du devoir de mémoire luttant contre les idées prônant la haine et d’éveiller un esprit critique sur notre société.
Pourtant, son accès reste profondément inégalitaire : 79 % des étudiantEs déclarent ne pas pratiquer d’activité culturelle, tandis que 64 % ne connaissent pas les activités proposées par leur CROUS.
Précarité, éloignement géographique, mobilité, handicap ou encore manque d’information constituent autant de freins. Pour la FAGE, la culture ne doit pas être un privilège : chaque jeune doit pouvoir accéder à une offre culturelle diversifiée, abordable et adaptée, quel que soit son lieu de vie ou sa situation.
L’accès à la culture doit donc être réfléchi dans son ensemble : dans le système éducatif, de la maternelle, à l’université ; à toute échelle, de la simple commune, à l’Europe, ainsi que dans le maillage d’acteurICE, de l’association, aux ministères.
La FAGE défend notamment une tarification étudiante, une meilleure accessibilité de l’offre culturelle sur les territoires et le développement de politiques culturelles ambitieuses dans les établissements et les CROUS.
en bref, la fage demande :
Garantir l’accès à la culture dès l’école à travers un parcours culturel ambitieux, égalitaire et faisant la promotion de toutes les cultures dans leur diversité ;
La construction d’une stratégie nationale culturelle pluriannuelle coordonnée par le ministère de la Culture, avec l’ensemble des acteurICEs concernéEs, incluant à minima le CNOUS, le MESRE, MENJ, les organisations étudiantes et de jeunesse, les corps représentant les établissements de l’ESR, accompagnée de financements dédiés ;
La généralisation des Services Universitaires Culturels (SUC) sur l’ensemble des campus, y compris dans les villes universitaires d’équilibre.
Pour approfondir les propositions de la FAGE en faveur de l’accès à la culture, demande notre contribution « La culture, outil d’insertion sociale et d’émancipation de la jeunesse ».
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